Christ notre Roi, que ton règne vienne !

Jésus est le prédicateur du Royaume. Le Royaume est le grand projet auquel il a consacré toute sa vie. Il en a parlé, selon les occasions, de différentes manières : discours, béatitudes, paraboles, prière… Sa vie entière témoigne de la venue de ce Royaume, par des signes, des prodiges, surtout par sa mort et sa résurrection. Mais... qu'est donc le Royaume ? Comment le définir ?


Christ rédempteur, Rio de Janeiro


Commençons par rappeler comment les évangélistes évoquent le Royaume:

  • Marc et Matthieu inscrivent le Royaume en toutes lettres dans leur sommaire de la prédication initiale de Jésus : « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1,15 ; Mt 3,2). Luc présente une formulation distincte, qui inclut cependant la mention du Royaume: « Il leur dit : “Aux autres villes aussi il me faut annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé” » (Lc 4,43).

  • Matthieu et Luc retiennent la même demande dans la prière que Jésus enseigne à ses disciples : « Que ton Règne vienne » (Mt 6,10 ; Lc 11,2). La version courante du Notre Père en français a traduit "Royaume" par "Règne". Il vaut mieux choisir "règne", car Royaume voudrait dire qu’un territoire sur roulettes est en train d’arriver !

  • Matthieu et Luc rapportent, dans leur version respective, une béatitude consacrée aux pauvres, à qui le Royaume appartient : « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux. » (Mt 5,3 ; Lc 6,20).

  • Sur la quarantaine de paraboles de Jésus, une bonne moitié traite explicitement du « Royaume ». Quant à l’autre moitié, on en trouvera plus d’une qui, sans employer explicitement le vocabulaire du Royaume, en illustre plusieurs des caractéristiques.

Le Royaume constitue ainsi le cœur de la prédication de Jésus. Mais Jésus n'a pas "inventé" cette manière de parler du projet de son Père et de sa propre mission. Sa prédication s'inscrit dans celle des prophètes. Dans un magnifique oracle, Isaïe avait annoncé qu'un messager du Royaume viendrait pour annoncer que "Dieu règne" :

« Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion : “Ton Dieu règne.” » (Is 52, 7)

Cette image du messager qui vient sur les montagnes pour dire "Ton Dieu règne!" est la belle vision du salut qui vient. Pensez à ce que cela a dû être pour les exilés à Babylone d'entendre une telle chose : comme ils sont beaux sur les montagnes les pieds de celui qui porte la bonne nouvelle du retour et donc du salut ! Les exilés entendent parler de montagnes. Il s'agit de Jérusalem ; ce sont les montagnes de Sion. Jérusalem est la sainte patrie ! Ici, les exilés entrevoient de nouveau Jérusalem et celui qui vient apporter la bonne nouvelle.


Ce qui est beau, ce n'est pas tant le messager, mais ses pieds. Ici le messager est comme le bien-aimé du Cantique des Cantiques, qui saute par-dessus les montagnes pour rejoindre sa bien-aimée (Ct 2,8-9). Ce messager qui apporte la nouvelle du salut est comme le bien-aimé tant attendu qui vient maintenant. Mais seuls ses pieds sont décrits. Toute l'attention se concentre sur ses pieds, c'est-à-dire sur le besoin de courir, de venir et de faire l'annonce : "Ton Dieu règne ! Il est important de voir comment il court. C'est pourquoi le texte précise que ce sont ses pieds qui sont beaux ! Pas lui, mais ses pieds ! Ce qui est mis en avant, c'est la dimension de la précipitation, de la hâte, de l'exultation qui ne permet pas de rester immobile, qui ne permet même pas de marcher, mais qui fait bondir comme un chevreuil pour arriver, pressé, le plus vite possible, pour apporter l'incroyable nouvelle : "Dieu règne !


"Dieu règne", cela signifie : Dieu a gagné ! Ce n'est pas vrai qu'il nous a abandonnés ! Ce n'est pas vrai qu'il a été vaincu par les Babyloniens ! Dieu ne nous a pas oublié : Dieu est fidèle, il est fort, il est grand, Dieu règne ! Ces deux mots suffisent : Dieu règne ! Cela suffit à guérir toute la crise de l'exil, à détruire l'angoisse de l'exil. Dieu règne ! Et c'est cela la plus belle des consolations ! Cette annonce de la consolation est portée à son achèvement avec la naissance de Jésus et sa vie entière. La consolation dont Jésus se fait le messager est celle du royaume de Dieu qui est enfin et définitivement établi en lui, avec tout ce que cela signifie : triomphe du pardon, victoire de la miséricorde, fin de la douleur, fin de tout esclavage, victoire sur le péché... Voilà la consolation ! Dieu n'a pas oublié ! Il a décidé de consoler.


Il est par ailleurs significatif que cette bonne nouvelle "Dieu règne" soit reprise par le prophète Nahum:

« Voici sur les montagnes les pas du messager ; il annonce : “La Paix!” Célèbre tes fêtes, Juda, accomplis tes vœux, car Bélial désormais ne passera plus chez toi, il est entièrement anéanti. » (Na 2, 1)

Dans ce texte résonne celui d'Isaïe 52 : les pieds, sur les montagnes, l'heureuse annonce, pour faire entendre la paix, et puis "Juda, célèbre tes fêtes, accomplis tes vœux, car le méchant ne passera plus à travers toi, il est complètement anéanti ! En Isaïe, il y a l'annonce du Seigneur qui règne ! ici, en Nahum, il y a l'annonce du méchant qui est détruit ! Nahum évoque la ruine de Ninive, la ville maudite des Assyriens, les assoiffés de sang. Ninive est comparée à un grand monstre, car elle a entraîné la destruction du royaume d'Israël en -722. La belle annonce de la paix est possible parce qu'il y a eu une victoire: celle de la destruction du mal. Le salut implique ce triomphe de Dieu sur ce qui lui est opposé. Aussi, le salut implique-t-il toujours la défaite du monstre.


L'annonce de ce salut "ton Dieu règne!" nous fait entrer dans la joie de Noël. Noël se vit généralement sous le signe de la sérénité, de la joie, de l'humilité. C'est la fête du bien, mais c'est surtout le moment de la lutte définitive ! S'il est possible de dire "Dieu règne !", c'est parce que Ninive a été détruite, c'est parce que Babylone a été détruite, c'est parce que le péché a été détruit. Ainsi, Noël est le début de l'accomplissement de cette annonce. Noël est le début du règne définitif de Dieu, car c'est aussi le début de la lutte définitive de Dieu. Noël est le moment du choc frontal entre Dieu et le mal, ultime combat qui se gagne en la personne de Jésus. En lui est donnée la dernière réponse de Dieu, une réponse vraie et définitive, au mal.


Cette réponse de Dieu peut et doit encore être entendue dans le présent de chacune de nos vies. Jésus annonce l’aujourd’hui du Royaume, son actualité, l’actualité du Salut toujours offert à chaque homme. A nous de le faire advenir dans notre aujourd'hui: Que ton Règne vienne!


Emanuelle Pastore

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